Une huile essentielle appliquée sur la peau peut-elle réellement atteindre la circulation sanguine ?

Introduction

Appliquer une huile essentielle diluée sur la peau est un geste courant en aromathérapie. Mais ses molécules restent-elles à la surface, pénètrent-elles dans les tissus ou peuvent-elles réellement rejoindre le sang ?

La réponse est oui pour certains constituants, comme le montrent des études réalisées chez l’être humain. Toutefois, la quantité absorbée varie considérablement selon la molécule, la préparation et les conditions d’application. Et la présence d’une molécule dans le sang ne garantit pas, à elle seule, un effet thérapeutique sur un organe éloigné.
Mais la question du passage sanguin n’est qu’une partie du sujet :  l’intérêt de la voie cutanée repose d’abord, dans bien des cas, sur une action locale, qui ne nécessite pas que les molécules rejoignent le sang.

1) La peau : une barrière que certaines molécules peuvent franchir

La peau protège l’organisme des substances extérieures.
Son principal obstacle à la pénétration est la couche cornée, très fine mais remarquablement efficace. Elle est composée de cellules aplaties, les cornéocytes, entourées d’une matrice lipidique : on la compare souvent à un mur dont les cellules seraient les briques et les lipides, le mortier.

De nombreuses molécules aromatiques sont relativement petites et possèdent une affinité pour les graisses. Certaines peuvent ainsi se répartir dans les lipides de la couche cornée, puis diffuser progressivement vers l’épiderme vivant et le derme. Contrairement à l’épiderme, le derme est vascularisé : une molécule qui l’atteint peut éventuellement être prise en charge par les capillaires sanguins.

Parcours possible : surface cutanée → couche cornée → épiderme vivant → derme vascularisé → circulation sanguine.

Il ne s’agit pas d’un trajet obligatoire. Une partie des constituants s’évapore, une autre reste à la surface ou dans la couche cornée, et seule une fraction variable peut progresser en profondeur. Certaines molécules sont aussi transformées par les enzymes cutanées.


Trois notions doivent être distinguées :

  1. pénétration (entrée dans les couches de la peau),
  2. perméation (traversée d’une barrière cutanée, souvent mesurée en laboratoire)
  3. absorption systémique (arrivée d’une substance ou de ses métabolites dans la circulation générale).

Une étude démontrant la perméation ne prouve donc pas, à elle seule, une exposition sanguine chez l’être humain.

Un exemple chiffré : l’huile essentielle de Tea tree

En 2008, Cross et ses collaborateurs ont étudié en laboratoire la pénétration des principaux constituants de l'huile essentielle de tea tree à travers des échantillons d'épiderme humain.

Les résultats montrent que seule une faible fraction des constituants appliqués pénètre dans l'épiderme ou le traverse :

  • Huile essentielle pure : 2 à 4 % de la quantité appliquée.
  • Solution à 20 % dans l'éthanol : 1,1 à 1,9 %.
  • Application partiellement recouverte : la pénétration du terpinène-4-ol atteint environ 7 % de la quantité d'huile essentielle appliquée.

Les chercheurs ont également observé une évaporation importante : sur un support en papier filtre, 98 % de l'huile essentielle s'était évaporée en quatre heures.

Cette étude illustre l'influence de la formulation, de l'évaporation et des conditions d'application sur le devenir des molécules aromatiques. Toutefois, ces résultats obtenus en laboratoire ne permettent pas de déterminer les concentrations qui seraient atteintes dans le sang après une application chez l'être humain.

2) Pourquoi certaines molécules pénètrent-elles mieux que d’autres ?

Les constituants des huiles essentielles n’ont pas tous le même comportement. Trois propriétés des molécules, et un facteur lié au support, expliquent une grande partie des différences observées.

2.1) La taille moléculaire

Les petites molécules traversent généralement plus facilement la barrière cutanée que les molécules volumineuses.
En pharmacologie, la « règle des 500 daltons » constitue un repère : au-delà de cette masse moléculaire, la pénétration à travers une peau intacte devient généralement difficile (1 dalton équivaut à 1 g/mol)

Or, de nombreux constituants des huiles essentielles sont beaucoup plus petits : environ 154 g/mol pour le linalol et le 1,8-cinéole, 156 g/mol pour le menthol et 204 g/mol pour le β-caryophyllène.

Cette faible masse constitue un facteur favorable, mais elle ne garantit pas leur passage dans la circulation sanguine.

2.2) La lipophilie

La couche cornée est riche en lipides : pour y entrer, une molécule doit avoir une certaine affinité pour les milieux gras. Les chimistes mesurent cette affinité avec un indicateur appelé log P.

On place la molécule dans un mélange d’eau et d’un solvant gras, puis on regarde comment elle se répartit entre les deux. Plus le log P est élevé, plus la molécule « préfère » le gras.

L’échelle est logarithmique :

  • Un log P de 3 signifie que la molécule se retrouve environ 1 000 fois plus concentrée dans la phase grasse que dans l’eau.
  • Un log P de 4 correspond à environ 10 000 fois.

La plupart des constituants aromatiques sont nettement lipophiles : le log P est d’environ 2,7 pour le 1,8-cinéole, 3 pour le linalol et 3,3 pour le menthol.

Il est plus élevé encore pour le β-caryophyllène, entre 4 et 6 selon les sources.

Mais une affinité pour le gras ne suffit pas. Sous la couche cornée, l’épiderme vivant et le derme sont des milieux beaucoup plus aqueux. Une molécule très lipophile peut s'accumuler dans les lipides de la couche cornée et rencontrer davantage de difficultés pour diffuser ensuite vers les tissus plus aqueux : elle y reste en partie retenue, au lieu de progresser vers les tissus plus profonds.

Cette rétention n'exclut pas une activité locale ni un passage plus profond, dont l'importance dépend également de la formulation et des conditions d'application.

Une lipophilie intermédiaire est souvent favorable au passage transcutané : la molécule doit pouvoir entrer dans la couche cornée, riche en lipides, puis en ressortir vers les tissus plus aqueux. Il n'existe cependant pas de valeur de log P garantissant une bonne absorption, car la solubilité, la structure moléculaire et la formulation interviennent également.


2.3) La volatilité

Une partie des molécules d’une huile essentielle s’évapore après application.
Cette évaporation entre en concurrence avec la diffusion cutanée : la dose réellement disponible pour pénétrer peut être bien inférieure à la dose déposée.

2.4) La formulation

Pour rejoindre la peau, une molécule doit d’abord quitter son support.
Une huile végétale facilite l’étalement et réduit la concentration, mais elle peut aussi retenir plus ou moins fortement certains constituants. Une huile qui paraît rapidement « absorbée » au toucher ne garantit pas une meilleure absorption sanguine des molécules aromatiques.

Quelques molécules ont une propriété supplémentaire : elles peuvent modifier la perméabilité de la couche cornée.
C’est notamment le cas du 1,8-cinéole et du nérolidol, étudiés comme promoteurs de pénétration dans des formulations expérimentales.
La capacité d'une molécule à pénétrer dans la peau ne constitue qu'une partie de son comportement biologique.

Ces résultats ne signifient pas qu’une synergie aromatique contenant ces molécules fera nécessairement pénétrer toutes les autres plus profondément.
Une augmentation de la pénétration peut d’ailleurs accroître les risques autant que l’exposition recherchée.

Pour comprendre comment la structure chimique des molécules influence également ses propriétés, consultez l'article :  De la molécule à la propriété : comprendre l'action des huiles essentielles.

3) Quels facteurs influencent l’absorption lors d’une application ?

La composition chimique ne fait pas tout. Pour une même huile essentielle, l’exposition cutanée dépend également de la manière dont elle est utilisée.

3.1) Concentration et quantité appliquée

Une préparation plus concentrée apporte davantage de molécules par unité de volume, mais la dose totale dépend aussi de la quantité étalée.
Une dilution à 10 % appliquée généreusement sur le dos ne représente pas la même exposition qu’une goutte déposée sur une petite zone.
La relation entre concentration et absorption n’est pas toujours proportionnelle.

3.2) Surface et fréquence

Une grande surface augmente potentiellement la quantité totale susceptible de pénétrer.
Les applications répétées renouvellent l’exposition et peuvent modifier la quantité de substance présente dans la peau ; elles ne provoquent toutefois pas nécessairement une accumulation systémique.

3.3) Massage

Il favorise l’étalement, peut échauffer légèrement la peau et modifier temporairement la circulation locale. Mais une meilleure perfusion cutanée ne prouve pas que la couche cornée devient plus perméable.
L’idée selon laquelle le massage ferait systématiquement passer davantage d’huile essentielle dans le sang n’est pas démontrée.
Le massage possède en outre des effets sensoriels et relaxants qui lui sont propres.

3.4) Chaleur et occlusion

La chaleur peut modifier la diffusion, la vascularisation et l’évaporation.
Un pansement occlusif augmente souvent l’hydratation de la couche cornée et peut favoriser la pénétration de certaines substances.
Il faut donc éviter d’utiliser chaleur intense ou occlusion dans le seul but de « faire pénétrer » une préparation aromatique concentrée.

3.5) État et localisation de la peau

Une peau irritée, fissurée ou inflammatoire peut présenter une barrière altérée. La perméabilité varie aussi selon les régions du corps : la plante des pieds, par exemple, possède une couche cornée bien plus épaisse que d’autres zones. Les muqueuses et les zones génitales exigent des précautions particulières.

En pratique, le risque ne se résume jamais au pourcentage d’huile essentielle.
Il dépend aussi de la dose, de la surface, de la fréquence, de l’intégrité cutanée et de la toxicité propre aux molécules présentes.

4) Que montrent réellement les études chez l’être humain ?

C’est le point décisif : peut-on retrouver des constituants aromatiques dans le sang après une application sur la peau ?
Oui, pour plusieurs molécules, même si les études humaines restent peu nombreuses et très dépendantes des formulations employées.

La Lavande : linalol et acétate de linalyle

Une étude de Jäger et collaborateurs (1992) a recherché ces deux constituants dans le sang d'un volontaire après un massage abdominal de 10 minutes avec 1,5 g d'une préparation contenant 2 % d'huile essentielle de lavande, diluée dans de l'huile d'arachide. L'expérience a été répétée trois fois chez cette même personne.

Les deux molécules ont été détectées dans le sang, avec des concentrations maximales atteintes environ 20 minutes après la fin du massage : 121 ng/mL pour le linalol et 100 ng/mL pour l'acétate de linalyle. Leurs concentrations sanguines ont ensuite diminué progressivement au cours des 90 minutes de suivi.

Cette étude montre qu'un massage aromatique peut s'accompagner d'une présence mesurable de constituants d'huile essentielle dans le sang.
Toutefois, les résultats reposent sur un seul volontaire et ne permettent pas de distinguer avec certitude la part provenant de l'absorption cutanée de celle éventuellement liée à l'inhalation des molécules volatiles.
Ils ne démontrent pas non plus que les concentrations sanguines observées sont suffisantes pour produire un effet thérapeutique à distance.

Menthol, camphre et salicylate de méthyle : des patchs antalgiques

Une étude pharmacocinétique humaine publiée en 2004 a mesuré dans le plasma du menthol, du camphre et du salicylate de méthyle après l’application de patchs antalgiques. Elle a confirmé que ces substances pouvaient rejoindre la circulation sous forme inchangée. Les concentrations dépendaient notamment du nombre de patchs utilisés.

Il faut toutefois distinguer ces dispositifs, appliqués plusieurs heures avec une formulation spécifique, d’une huile essentielle diluée dans une huile végétale et massée quelques minutes.

La Gaulthérie : un exemple particulièrement instructif

Le salicylate de méthyle, constituant majeur des huiles essentielles de  gaulthérie, est un exemple bien documenté. Après passage cutané, il peut être transformé en acide salicylique. Des études chez des volontaires ont retrouvé des salicylates dans le sang après l’application de préparations topiques, avec une exposition qui pouvait augmenter lors d’applications répétées.

Cette observation est importante pour deux raisons : elle confirme que des constituants appliqués localement peuvent produire une exposition systémique, et elle rappelle que cette absorption peut également présenter un enjeu toxicologique.
Les huiles essentielles très riches en salicylate de méthyle nécessitent donc des précautions particulières, notamment en présence de contre-indications aux salicylés ou de certains traitements médicamenteux, notamment les anticoagulants de type AVK.

Ce que les études ne démontrent pas

Les chercheurs utilisent également des cellules de diffusion de Franz, dans lesquelles une substance traverse un échantillon de peau placé entre deux compartiments.
Ces expériences permettent de mesurer la perméation et de comparer des formulations. Mais le liquide recueilli sous la peau isolée n’est pas du sang : il ne permet pas de déduire directement les concentrations obtenues chez un humain vivant.
 

 

Surtout, la présence d’une molécule dans le sang ne démontre pas qu’elle atteint, dans un organe éloigné, une concentration suffisante pour produire un bénéfice clinique.

Il faut distinguer passage sanguin, exposition d’un tissu cible et efficacité thérapeutique.
Cette distinction entre présence d'une molécule dans l'organisme et bénéfice thérapeutique est essentielle en aromathérapie. Elle est développée dans l'article : Huiles essentielles : entre mécanismes démontrés et efficacité clinique.

Une action au-delà de la peau ? L'exemple du linalol

En 2004, Heuberger et ses collaborateurs ont étudié les effets du (−)-linalol, une molécule présente notamment dans l'huile essentielle de Lavande, après application cutanée de la molécule pure chez 14 volontaires sains.

Pour distinguer les effets de l'application cutanée de ceux de l'olfaction, les participants portaient des masques respiratoires empêchant l'inhalation des vapeurs aromatiques.

Les chercheurs ont observé, par rapport au placebo, une diminution de la pression artérielle systolique et une baisse de la température cutanée moins marquée, sans modification significative du bien-être ressenti.

Cette étude suggère qu'une molécule aromatique appliquée sur la peau peut provoquer des modifications physiologiques dépassant le seul site d'application, indépendamment de son odeur.

Elle ne permet toutefois pas de démontrer que le linalol a atteint un organe éloigné à une concentration thérapeutique, ni que ces modifications correspondent à un bénéfice clinique.

Son intérêt est de montrer qu'une application cutanée peut être associée à des effets physiologiques mesurables, même lorsque l'inhalation est empêchée.
Source : Heuberger E., Redhammer S., Buchbauer G. (2004). Transdermal Absorption of (−)-Linalool Induces Autonomic Deactivation but Has No Impact on Ratings of Well-Being in Humans. Neuropsychopharmacology, 29, 1925–1932.

5) Une voie d’action d’abord locale : quelles conséquences pour l’aromathérapie ?

L'absence d'une absorption sanguine importante ne signifie pas qu'une huile essentielle appliquée sur la peau est dépourvue d'activité. La peau est un tissu vivant, riche en terminaisons nerveuses, en cellules immunitaires et en récepteurs susceptibles d'interagir avec certaines molécules aromatiques.

Le menthol en fournit un exemple bien connu : en activant les récepteurs sensoriels TRPM8, il provoque une sensation de fraîcheur et peut modifier la perception de certaines douleurs, sans qu'une concentration sanguine élevée soit nécessaire.

L'action du menthol sur les récepteurs sensoriels illustre l'un des mécanismes possibles de modulation de la douleur. D'autres voies sont présentées dans l'article : Comprendre les mécanismes de la douleur et l’action des huiles essentielles.

Cette action locale ne repose pas seulement sur des hypothèses de laboratoire. Quelques essais cliniques ont évalué des huiles essentielles appliquées sur la peau.

  • Chez des patients souffrant d’acné, un gel à 5 % d’huile essentielle de tea tree a réduit le nombre de lésions de façon comparable à un traitement de référence, le peroxyde de benzoyle, avec une action plus lente mais moins d’effets indésirables (Bassett et al., 1990).
  • Dans les céphalées de tension, une solution d’huile essentielle de menthe poivrée appliquée sur le front et les tempes a montré une efficacité supérieure au placebo, et comparable à 1 000 mg de paracétamol (Göbel et al., 1996).

Ces études restent peu nombreuses et portent sur des effectifs modestes, mais elles montrent que l’application cutanée peut produire des bénéfices mesurables.

Mais qu'en est-il des effets qui dépassent la zone d'application ?

Les praticiens rapportent régulièrement, après un massage aromatique, des bénéfices qui dépassent la zone traitée : détente générale, amélioration du sommeil ou apaisement de certains inconforts digestifs. Ces observations méritent d'être prises en considération, sans être automatiquement attribuées à une absorption sanguine des molécules aromatiques.

En pratique, plusieurs mécanismes peuvent intervenir simultanément : l'action pharmacologique locale ou éventuellement systémique de certaines molécules, les effets du massage, la stimulation olfactive et la relaxation. Ces mécanismes ne s'excluent pas et peuvent contribuer ensemble à l'amélioration ressentie.

Lors d'un massage aromatique, l'olfaction constitue une voie d'exposition distincte du passage cutané. Pour comprendre comment les molécules odorantes interagissent avec le système olfactif et les circuits cérébraux, consultez l'article : L'olfactothérapie : le pouvoir des molécules au cœur du cerveau émotionnel.

Les études cliniques, encore limitées pour de nombreuses applications, ne permettent pas toujours de distinguer la contribution respective de ces mécanismes ni d'établir une action systémique spécifique. L'absence de preuve d'une telle action ne signifie toutefois pas qu'elle est inexistante.

Ainsi, la quantité de molécules retrouvée dans le sang n'est pas, à elle seule, un indicateur de l'intérêt d'une application cutanée. Pour apprécier cet intérêt, il faut également considérer l'objectif recherché, les mécanismes locaux possibles et les bénéfices cliniques effectivement démontrés, tout en tenant compte des observations réalisées en pratique.

À l'inverse, le fait qu'une molécule soit détectée dans le sang ne prouve pas qu'elle agisse efficacement sur le cerveau, les articulations ou un organe interne. Appliquer une préparation sur l'abdomen ne signifie pas non plus qu'elle ciblera directement le foie ou l'intestin : la proximité anatomique ne suffit pas à établir un mécanisme d'action.

Il serait également trompeur de considérer qu'une préparation est d'autant plus efficace qu'elle pénètre profondément. Pour certains objectifs locaux, une exposition systémique importante n'est ni nécessaire ni souhaitable. Une formulation qui facilite la pénétration peut aussi augmenter l'exposition à des constituants indésirables.

La pratique doit donc privilégier une formulation adaptée à l'objectif recherché, en tenant compte de la composition de l'huile essentielle, de la tolérance cutanée, de la dose totale et de la fréquence d'utilisation. Les fortes concentrations, les applications étendues, l'occlusion, la chaleur et les peaux lésées demandent une vigilance renforcée. La prudence est également essentielle chez les jeunes enfants, pendant la grossesse et l'allaitement, ou en présence de pathologies et de traitements particuliers.

Parce que l'absorption cutanée dépend aussi de la concentration, de la surface traitée et de l'état de la peau, le choix d'une préparation doit toujours intégrer la sécurité d'utilisation. Retrouvez les principales précautions dans l'article : Comment utiliser les huiles essentielles en toute sécurité ?.

Conclusion

Oui, certaines molécules aromatiques appliquées sur la peau peuvent atteindre la circulation sanguine. Des études humaines l'ont notamment montré pour des constituants de la lavande, le menthol, le camphre et le salicylate de méthyle.

Mais le passage sanguin n'est ni systématique, ni indispensable à toute action locale. Certaines molécules peuvent interagir avec des structures cutanées et des récepteurs sensoriels sans nécessiter une diffusion importante dans l'ensemble de l'organisme.

À l'inverse, la présence d'une molécule dans le sang ne garantit pas qu'elle atteigne un organe éloigné à une concentration suffisante pour produire un effet thérapeutique.

Pour l'aromathérapie, l'enjeu n'est donc pas de rechercher systématiquement la pénétration maximale, mais de comprendre les différents niveaux d'action possibles : local, sensoriel et, dans certaines conditions, systémique.
Cette distinction permet de mieux interpréter les effets observés en pratique, tout en respectant les limites des connaissances scientifiques actuelles.
Loin de disqualifier la voie cutanée, ces connaissances permettent de l’utiliser à bon escient : pour agir là où l’on applique, avec des dilutions et des surfaces adaptées, plutôt que pour chercher à « faire passer » les huiles essentielles dans le sang.

© Guy Berlin - Aromatologue

Références scientifiques principales

  1. Bos J.D., Meinardi M.M.H.M. (2000). The 500 Dalton rule for the skin penetration of chemical compounds and drugs. Experimental Dermatology, 9(3), 165–169. https://doi.org/10.1034/j.1600-0625.2000.009003165.x
  2. Cross S.E., Russell M., Southwell I., Roberts M.S. (2008). Human skin penetration of the major components of Australian tea tree oil applied in its pure form and as a 20% solution in vitro. European Journal of Pharmaceutics and Biopharmaceutics, 69(1), 214–222. https://doi.org/10.1016/j.ejpb.2007.10.002
  3. Jäger W., Buchbauer G., Jirovetz L., Fritzer M. (1992). Percutaneous absorption of lavender oil from a massage oil. Journal of the Society of Cosmetic Chemists, 43, 49–54.
  4. Martin D., Valdez J., Boren J., Mayersohn M. (2004). Dermal absorption of camphor, menthol, and methyl salicylate in humans. Journal of Clinical Pharmacology, 44(10), 1151–1157. https://doi.org/10.1177/0091270004268409
  5. Morra P., Bartle W.R., Walker S.E., Lee S.N., Bowles S.K., Reeves R.A. (1996). Serum concentrations of salicylic acid following topically applied salicylate derivatives. Annals of Pharmacotherapy, 30(9), 935–940. https://doi.org/10.1177/106002809603000903
  6. OCDE (2004). Essai n° 428 : Absorption cutanée — méthode in vitro. Lignes directrices de l'OCDE pour les essais de produits chimiques. https://doi.org/10.1787/9789264071094-fr
  7. Heuberger E., Redhammer S., Buchbauer G. (2004). Transdermal absorption of (−)-linalool induces autonomic deactivation but has no impact on ratings of well-being in humans. Neuropsychopharmacology, 29(10), 1925–1932.
  8. Bassett I.B., Pannowitz D.L., Barnetson R.S. (1990). A comparative study of tea-tree oil versus benzoylperoxide in the treatment of acne. Medical Journal of Australia, 153(8), 455–458.
  9. Göbel H. et al. (1996). Effectiveness of Oleum menthae piperitae and paracetamol in therapy of headache of the tension type. Der Nervenarzt, 67(8), 672–681.

Lire les commentaires (0)

Articles similaires


Soyez le premier à réagir

Ne sera pas publié

Envoyé !

Catégories

Thématiques

Derniers articles